Le suivi des performances des porcs est un aspect clé pour assurer une amélioration continue et une efficacité économique optimale. En post-sevrage et en engraissement, les principaux indicateurs généralement évalués sont la croissance (gain moyen quotidien, ou GMQ), la conversion alimentaire (CA) et la mortalité. D'autres indicateurs peuvent également s'avérer utiles et, dans certains cas, encore plus significatifs que ceux mentionnés ci-dessus.

Néanmoins, le GMQ et la CA étant les plus couramment utilisés, cet article se concentre sur la manière d'interpréter et de comparer correctement ces deux critères. Cela s'applique que vous évaluiez les performances au sein de votre propre système de production ou que vous vous compariez (analyse comparative / benchmarking) à d'autres producteurs.

Se vanter d'une CA de 2,40 dans un système de croissance-finition ne signifie pas grand-chose sans comprendre les facteurs clés qui influencent ce chiffre. L'objectif est ici de comprendre comment des variables spécifiques influencent les données de performance afin de pouvoir les ajuster et les comparer sur une base standardisée.

Facteurs clés influençant le GMQ et la CA

Cet article se concentre spécifiquement sur les performances pendant la période de croissance-finition (de 20–30 kg au poids de marché). Cependant, la même logique s'applique à la période de post-sevrage (du sevrage à 20–30 kg).

1. Le poids

Comme nous le savons, la CA et le GMQ évoluent continuellement tout au long de la période de croissance du porc. À 25-30 kg par rapport à 100-110 kg, le GMQ et surtout la CA sont très différentes. Lors de la comparaison des données de fin de lot, il est essentiel de connaître les poids exacts de début et de fin de la phase de croissance. Prenons l'exemple de deux groupes de porcs présentant les données de performance brutes suivantes :

GroupePlage de poidsConversion alimentaire (CA)Gain moyen quotidien (GMQ)
Lot #127–131 kg2,55 kg/kg1075 g/jour
Lot #231–149 kg2,63 kg/kg1065 g/jour

Comment comparer précisément ces groupes lorsque leurs plages de poids diffèrent à ce point ? Pour ce faire, vous devez ajuster leurs données de performance à un poids standardisé. Cette référence cible peut être définie selon votre propre système de production pour un suivi interne, ou fixée à une valeur de poids standardisée pour un benchmarking externe.

Une fois votre plage de poids cible déterminée, vous devez appliquer les formules d'ajustement appropriées. L'utilisation d'une valeur d'ajustement unique et fixe pour la CA et le GMQ est inexacte. Par exemple, vous ne pouvez pas simplement supposer que la CA de 120 à 150 kg sera toujours de 3,80. La CA change à chaque tranche de 1 à 2 kg de gain de poids ; de plus, le facteur d'ajustement doit varier selon que le groupe présentait une bonne ou une mauvaise performance de base globale. Un groupe avec une CA de base de 2,50 ne devrait pas utiliser la même valeur d'ajustement qu'un groupe à 2,70 pour la même plage de poids.

Selon les données de la recherche pour des groupes mixtes (mâles castrés et femelles), les courbes typiques de la CA et du GMQ se comportent comme suit par rapport au poids :

  • La courbe de la CA est largement linéaire.
  • La courbe du GMQ suit une forme polynomiale, ce qui signifie qu'après avoir atteint environ 100 kg, le taux de croissance quotidien du porc commence à ralentir.

Pour en revenir à notre exemple, si nous ajustons les deux fins de lots à une plage de poids standardisée de 28–135 kg, les données changent considérablement :

GroupePlage de poids ajustéeConversion alimentaire (CA)Gain moyen quotidien (GMQ)
Lot #128–135 kg2,59 kg/kg1074 g/jour
Lot #228–135 kg2,48 kg/kg1066 g/jour

Une fois ajustés exactement à la même plage de poids, il devient évident que le lot #2 a en réalité obtenu une bien meilleure CA que le lot #1. L'ajustement des données de performance peut entraîner des changements très significatifs des valeurs de CA. Pour le GMQ, en revanche, l'ajustement génère un écart beaucoup plus faible sur une même plage de poids.

2. Le niveau d'énergie de l'aliment

Les valeurs énergétiques des aliments ont un impact significatif sur les performances et doivent être prises en compte lors des comparaisons, en particulier avec d'autres producteurs qui utilisent des niveaux d'énergie différents. L'impact de l'énergie alimentaire sur la CA est bien documenté et fait consensus au sein de la filière. En revanche, le GMQ ne répond pas toujours de manière linéaire aux niveaux d'énergie de l'aliment. À moins d'utiliser des niveaux d'énergie extrêmes, les porcs ajustent naturellement leur consommation d'aliment à la hausse ou à la baisse pour maintenir un taux de croissance stable sous différents niveaux d'énergie. De nombreux essais menés dans notre ferme de R&D commerciale confirment ce comportement.

Par conséquent, les ajustements énergétiques sont principalement appliqués à la CA en fonction du niveau d'énergie nette (EN) de l'aliment. En règle générale, chaque variation de 1 % de l'énergie nette alimentaire affecte la CA de 1 %. Une EN plus élevée se traduit par une CA plus faible (meilleure).

Par exemple, considérons deux producteurs ayant des niveaux d'EN différents :

  • Producteur #1 : Distribue un aliment standard de type maïs-tourteau de soja avec une EN moyenne de 2520 kcal/kg. Sa CA ajustée (28–135 kg) est de 2,56 kg/kg.
  • Producteur #2 : Distribue un aliment maïs-tourteau de soja complété par du blé et des issues de blé (remoulée), ce qui donne une EN moyenne de 2470 kcal/kg. Sa CA ajustée (28–135 kg) est de 2,58 kg/kg.

La différence d'énergie nette est de 50 kcal/kg, soit environ 2 %. Si nous ajustons les données du producteur #2 au niveau d'énergie plus élevé utilisé par le producteur #1, la CA du producteur #2 s'améliorerait pour atteindre 2,53 kg/kg (2,58 x 98 %). Cela révèle que le troupeau du producteur #2 a en réalité obtenu de légèrement meilleures performances que celui du producteur #1 lorsque les données sont normalisées pour l'énergie.

3. La texture de l'aliment

Le dernier aspect majeur à prendre en compte est la forme de présentation de l'aliment, plus précisément si les porcs reçoivent une moulée en texture farine ou cubée. En général, il est largement reconnu que les porcs nourris avec une moulée cubée auront une meilleure CA. Pour le GMQ, nous restons dans une « zone grise » similaire à celle observée avec les niveaux d'énergie. Il n'existe aucune preuve définitive que la texture de l'aliment influence de manière significative le GMQ, bien que des taux de croissance légèrement plus élevés puissent se produire avec une moulée cubée dans des scénarios spécifiques impliquant l'accès à l'aliment ou certaine forme de restriction.

Par conséquent, les ajustements se concentrent presque exclusivement sur la CA, où l'impact de la texture de l'aliment est plus important. L'écart de CA entre les moulées farine et cubées découle d'une combinaison de facteurs, notamment la taille des particules de grains, la matière sèche de l'aliment, l'amélioration de la digestibilité des nutriments grâce au traitement thermique et la réduction du gaspillage d'aliment. Comme il n'existe pas de formule parfaite pour cet ajustement, un facteur d'ajustement standard de 5 % est généralement appliqué.

Exemple : Une CA de 2,60 avec une moulée farine équivaut à une CA de 2,47 pour une moulée cubée (2,60 x 95 %).

4. Autres facteurs

Au-delà du poids, de l'énergie et de la texture de l'aliment, plusieurs autres variables influencent les performances. Le statut sanitaire, la génétique, la conception des mangeoires et l'espace aux disponible à la trémie jouent tous un rôle. Cependant, l'ajustement des données pour ces facteurs est presque impossible à moins de disposer d'une base de données massive et bien quantifiée, capable d'isoler leurs impacts spécifiques.

Conclusion

Le suivi et la comparaison des données de performance sont essentiels pour chaque producteur. Comparer ces indicateurs au sein de la filière est la clé pour améliorer les performances du troupeau et prendre des décisions fondées sur des données fiables et justes.

Bien qu'il ne soit pas parfait, l'ajustement des données de performance en fonction du poids, de l'énergie et de la texture de l'aliment permet de comprendre beaucoup plus clairement ce qui est réellement réalisé dans votre bâtiment, ce qui conduit à un meilleur processus de prise de décision au fil du temps.

N'hésitez pas à consulter l'un des membres de notre équipe de nutrition si vous souhaitez approfondir ce sujet. Nous disposons des outils et des connaissances nécessaires pour vous aider à optimiser vos données.